samedi 8 février 2014

GRAND CARTEL ET SA CONSOLE D'APPLIQUE À FIGURE DE MINERVE

  
Attribué à André-Charles BOULLE ((1642-1732) et Fils
Ébéniste, Sculpteur et Ciseleur du Roi de 1672 à 1732
Et par Louis MYNUEL (vers 1675/1680-1742)
Marchand-Horloger Privilégié du Roi suivant la Cour en 1705
Paris, premier quart du XVIIIe siècle, vers 1710-1720

 Marqueterie d'écaille brune et de cuivre, bronzes dorés, laiton, émail, métal et verre
Signé : MYNUEL A PARIS, gravé au revers du mouvement
H. 160 cm, L. 67 cm, P. 28 cm




 Cet exceptionnel cartel formé d'une pendule sur pieds reposant sur sa console d'applique, au riche décor de marqueterie « en première partie » d'écaille brune et de cuivre, souligné de bronzes dorés, constitue l'un des plus remarquables exemples
connus de grands cartels produits à la fin du règne de Louis XIV et au début de la Régence. La boîte rectangulaire et cintrée en partie supérieure est vitrée sur ses trois faces principales laissant apparaître toute la richesse du décor du fond composé de lambrequins, rinceaux et fleurons en cuivre sur fond d'écaille brune. Le cadran circulaire en cuivre doré est très richement ciselé d'un coq aux ailes déployées, d'un masque allégorique, d'une coquille, de rinceaux d'acanthe et de deux cornes d'abondance, le tout contrastant sur un fond « à pointillés ». Douze cartouches d'émail, sertis au pourtour indiquent les heures en chiffres romains; les minutes apparaissant gravées sur un étroit bandeau de cuivre délimitant le cadran. Les aiguilles sont en acier bleui. Le mouvement porte au revers la signature gravée de MYNUEL A PARIS.
Les angles à pans coupés de la caisse sont flanqués d'allégories féminines en terme soutenant chacune d'un bras le ressaut formé par la partie supérieure cintrée de la pendule, cette dernière enrichie d'une agrafe centrale et d'une frise d'oves en bronze doré terminée par des enroulements d'acanthe. Un dôme sur lequel repose une imposante figure de Minerve, casquée, cuirassée et armée de sa lance couronne l'ensemble. Quatre puissants pieds à griffes et feuilles d'acanthe surmontés de masques grimaçants de satyres tirant la langue positionnés aux angles supportent la caisse. En façade, un bas-relief en bronze doré forme « cul de lampe », montrant deux allégories féminines entrelacées, assises sur une dépouille de lion et soulignées des colliers entrecroisés de l'Ordre du Saint-Esprit et de celui de la Toison d'Or. Le tout est disposé sur un drapé semi-circulaire à motifs de campanes et constitue une allusion directe à l'accession sur le trône d'Espagne de Philippe de France (Versailles, 1683 - Madrid, 1746), Duc d'Anjou et petit-fils de Louis XIV.




 La pendule repose sur une imposante console d'applique ajourée, à fût central évasé et à pans coupés, couronné en façade d'un masque d'Héraclite en bronze doré et terminé d'une corolle de feuilles d'acanthe ponctuée d'un motif de fleuron. Emergeant de cette dernière, quatre consoles à enroulements et masques
féminins coiffés chacun d'une palmette et à tresses nouées sous le menton, soutiennent, au même titre que le fût central, une terrasse à doucine marquetée de cuivre et d'écaille, à bords concaves très richement ornés de bronzes à motifs de godrons ponctués d'une agrafe centrale flanquée d'acanthes. D'un modèle rare, ce cartel présente une ornementation de bronzes dont le répertoire puise à plusieurs reprises dans celui d'André-Charles Boulle et ses fils, permettant ainsi d'étayer solidement une attribution à ce dernier. Outre le fait que Louis Mynuel fit
régulièrement appel à Boulle pour la réalisation de ses boîtes, les quatre masques féminins coiffés d'une palmette et à tresses nouées sous le menton, et surtout le masque d'Héraclite ornant la console d'applique, constituent autant de signatures caractéristiques de l'oeuvre du maître.
On retrouve ainsi le masque d'Héraclite en pleurs, symbole de la Philosophie tragique, dans des études de meubles ainsi que sur plusieurs meubles importants répertoriés d'André-Charles Boulle, dont le bureau des Princes de Condé aujourd'hui conservé au Château de Versailles. Autre élément propre à cet ébéniste, les
masques de satyres couronnant les pieds à griffes de notre pendule que l'on retrouve sur plusieurs de ses bureaux plats et consoles à six pieds aujourd'hui répertoriés au Louvre , à la Wallace Collection de Londres ou encore à Munich, au Bayerisches Nationalmuseum .





 Enfin citons également une pendule attribuée à Boulle et Fils, aujourd'hui conservée dans les collection du palais royal à Stockholm, au cadran signé Gloria à Rouen (Jacques Gloria fut reçu maître horloger dans cette ville en 1696), ornée du même bas-relief allégorique, à figures féminines entrelacées et soulignées des colliers de l'ordre du Saint-Esprit et de celui de la Toison d'or.
Le mouvement est signé Louis Mynuel, l'un des plus importants horlogers de son temps, cela tant par l'excellence de ses mouvements que par la qualité de sa clientèle. Il réalisa, entre autres, les mouvements de la célèbre pendule au char d'Apollon des Princes de Condé, de celle aux Quatre Parties du Monde livrée pour l'Electeur de Cologne, ainsi que des pendules pour le roi Stanislas Leszczinski, les Ducs de Mortemart, de Luynes, de Villars, pour le Cardinal de Gesvres, le Comte de Hoym, ministre d'Auguste II de Saxe, ou encore pour MM. Titon de Coigny et Moreau
de Verneuil. Plusieurs de ses oeuvres furent également acquises par les cours de Parme et de Suède. Il travailla pour les caisses avec les plus grands ébénistes
et bronziers d'alors, André-Charles Boulle, Charles Cressent, Nicolas Barbier, Bernard 1er Van Risamburgh, Paul Consenne, Jean Hahn dit Le Coq, Louis Chéron,
Pierre Cagnet, Ferdinand Goyer et Jean-Joseph de Saint-Germain. Des oeuvres de Louis Mynuel sont aujourd'hui conservées au Musée du Louvre à Paris, au château de Fontainebleau, au sein des collections royales suédoises à Stockholm, au palais royal à Turin, au palais du Quirinal à Rome ou au Victoria and Albert Museum à Londres.
Synonyme de la perfection de l'art du Grand Siècle, l'OEuvre de Boulle, dont la valeur avait été reconnue dès son vivant, devint déjà au XVIIIe siècle objet de collection et « prototype » d'un certain idéal classicisant. Même s'il travailla relativement peu pour le Roi, il fut l'ébéniste préféré du Grand Dauphin, pour lequel il conçut à Versailles un étonnant écrin d'architecture avec son richissime mobilier assorti, qui demeura l'ensemble le plus extraordinaire de marqueteries jamais réalisé. Il livra également les princes de sang, les ministres de Louis XIV et sut aussi flatter le goût des financiers et inciter l'intérêt des collectionneurs de son temps par la richesse ornementale déployée dans ses créations ; tous furent attirés par l'inventivité dont témoignaient les oeuvres du maître.
Tout son OEuvre révèle le souci de perfection et son choix pour l'excellence que l'on retrouve dans notre cartel.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Pierre Verlet, Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle, Paris, 1987 (rééd. en 1999), p. 229, fig. 253 Peter Heuer et Klaus Maurice, European Pendulum Clocks, Schiffer Publishing, West Chester, 1988, p.103

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