mercredi 11 décembre 2013

Grand cartel Louis XIV sur le thème maritime






Origine / signature : Mouvement de De Lorme, reçu maître à Paris en 1708.
Epoque : Fin du règne de Louis XIV, ca 1710.
Matériau(x) : Ecaille de tortue, laiton, bronze doré.
Dimensions : 137 (hauteur) x 57 (largeur) x 26 cm (profondeur).
Particularités : Très beau cartel Louis XIV, d’une rare qualité, à décor de marqueterie Boulle de laiton sur fond d’écaille brune. Très riche ornementation de bronze doré principalement axée sur le thème maritime : pieds en forme de sirènes ailées engaînées dans des feuilles d’acanthe stylisées, bas-relief représentant Amphitrite chevauchant un centaure marin, et, sur l’amortissement, Neptune enfant maîtrisant un cheval marin à l’aide de son trident. Ce dernier motif n’est d’ailleurs pas sans évoquer, sous la forme de clin d’œil, la célèbre sculpture d’Antoine Coysevox, ornant autrefois le parc de Marly et conservée aujourd’hui au Musée du Louvre.



Attribué à Pierre GOBERT(1662-1744), Portrait de Louis XV, Toile, 83 x 66,5 cm,

Pourquoi ce thème maritime ? En fait, Louis XIV a grandement contribué au développement de la marine française :
A la mort de Mazarin, en 1661, la Marine royale, ses ports et ses arsenaux sont en piteux état. Seule une dizaine de vaisseaux de ligne est en état de fonctionnement correct. À la même période, la marine anglaise comptait 157 vaisseaux (dont la moitié sont des vaisseaux importants, embarquant de 30 à 100 canons), soit un rapport de 1 à 8 avec la Marine française. Les flottes de la république des Provinces-Unies en comportent 84. Contrairement à une idée très répandue, Louis XIV s’intéressa personnellement et contribua avec Colbert à l’essor de la marine de guerre française. Dès 1662, il crée le corps des galères, qui a l’avantage de constituer une flotte à la fois militaire et commerciale. Il préside une fois par semaine le conseil de la Marine et suit avec le plus grand soin les détails de la mobilisation des ressources, fixant chaque année l’ampleur des armements, nommant en personne tous les officiers de vaisseau ou encore choisissant le nom de chaque vaisseau fabriqué.
Le roi souhaite que son armée de mer devienne aussi puissante et redoutée que son armée de terre, non tant pour combattre que pour disposer d’un instrument de dissuasion permettant de ne pas combattre.
Le 7 mars 1669, il crée le titre de secrétaire d’Etat à la Marine et nomme officiellement Colbert premier titulaire du poste. Dès lors, Colbert et son fils vont mobiliser des ressources humaines, financières et logistiques sans précédent qui ont permis, pratiquement ex-nihilo, de faire de la France une puissance militaire navale de premier rang.
L’objectif fixé par Colbert était d’atteindre une flotte de 120 vaisseaux dont 72 d’au moins 50 canons. À sa mort en 1683, la Royale comptait 117 vaisseaux, 1 200 officiers et 53 000 matelots. De 1661 à la mort de Louis XIV en 1715, 381 vaisseaux et frégates furent construits. [Wikipedia, article Louis XIV.]




Au niveau du mouvement, il est intéressant de constater que celui-ci recourt à un pendule de type cycloïde, invention du mathématicien et physicien Christian Huygens (1629-1695). L’article « Horlogerie » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert consacre à cette invention des lignes qu’il nous paraît intéressant de reproduire ci-dessous :
Huyghens ayant appliqué le pendule aux horloges, s’apperçut que les vibrations par les grands arcs du pendule étoient d’une plus grande durée que les vibrations par les petits arcs, & que par conséquent l’action du poids sur le pendule venant à diminuer lorsque les frottemens des roues seroient augmentés & les huiles épaissies, il arriveroit nécessairement que l’horloge avanceroit. Pour parer cette difficulté, il chercha les moyens de rendreles oscillations du pendule isochrones ou égales en durée, quelle que sut l’étendue des arcs; pour cet effet, il découvrit par ses recherches la propriété d’une courbe, qu’on appelle la cycloïde, laquelle est telle que si on laisse tomber un corps de différentes hauteurs de cette courbe, la descente du corps se fait toûjours dans le même tems: il appliqua donc à l’endroit où le fil, qui suspend le pendule, est attaché, deux lames pliées en cycloïde entre lesquelles le fil passoit; ensorte qu’à mesure que le pendule décrivoit des plus grands arcs, & qu’il auroit dû faire l’oscillation en un plus grand tems, à mesure aussi le pendule s’accourcissoit, & son mouvement devenoit plus accéleré; & tellement que soit que le pendule décrivît des plus grands ou des plus petits arcs, le tems des oscillations étoient toûjours le même. Quoique le succès n’ait pas répondu à cette théorie, elle n’en est pas moins admirable, & c’est à elle que nous devons la perfection actuelle de nos pendules; car, malgré que l’on ne fasse plus usage de la cycloïde, c’est de cette théorie que nous avons appris que les petits arcs de cercle ne different pas sensiblement des petits arcs de cycloïdes; & qu’ainsi en faisant parcourir de petits arcs au pendule, les tems des vibrations ne changeront qu’infiniment peu, quoique la force motrice changeât au point d’en doubler l’étendue. [Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, article Horlogerie.]
Pour mieux comprendre le fonctionnement de ce pendule, voir l’intéressante page que lui a consacrée le site de l’Université du Maine.
On ne sait hélas pas grand chose de l’horloger De Lorme, si ce n’est qu’il devait être un artisan de tout premier plan. On trouve en effet ses mouvements sur des pièces prestigieuses d’époque Louis XIV, tel cet époustouflant  cartel issu de la collection d’Hubert de Givenchy, vendu chez Christies’ à Paris en décembre 2004.
Provenance : Ce cartel, pourtant à la gloire de la marine, fut donné en cadeau par le roi de France au contingent des soldats suisses de Fribourg. Il figurait autrefois parmi les collections du château de Rue, dans le canton de Fribourg.






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