jeudi 22 novembre 2012

Grand miroir en verre églomisé

Provenance Achat du Comte Charles Marie Tanneguy Duchâtel (Paris, 1803-1867), Ministre de Louis-Philippe
Par héritage, collection de sa fille, Marguerite Eglé Jeanne Caroline Duchâtel (Paris, 1840-1913), Duchesse de La Trémoïlle, dans son hôtel particulier boulevard Delessert à Paris
Collection de son fils, Louis Jean Marie de La Trémoïlle (1910-1933) Par héritage, collection de son neveu Jean-Charles Lamoral, Prince de Ligne-La Trémoïlle (Bruxelles, 1911 - Château de Serrant, 2005) au château de Serrant (Val-de-Loire).
Ce grand miroir en verre églomisé est caractéristique des productions de la fin du XVIIe siècle, technique qui connut une mode aussi précieuse qu'éphémère.

Il se compose de deux parties solidaires dont la glace de format rectangulaire à bords biseautés insérée dans un cadre en métal doré et l'imposant fronton en bois sculpté et doré couronné en son centre d'un masque auréolé de palmettes et de fleurons. La bordure du miroir est ornée d'un somptueux décor d'arabesques en verre églomisé or à fond rouge dont l'inspiration est à rechercher dans les dessins que Jean Ier Bérain (1640- 1711), Dessinateur de la Chambre du Roi publia en 1690 sous forme de Recueil d'Ornemens Inventés par lui-même. Des baguettes en bronze doré à motifs de frises feuillagées maintiennentl'ensemble et sont rehaussées dans les écoinçons d'entrelacs, de palmettes et de feuillages enchevêtrés rythmant des masques rayonnants.



Le fronton, à la découpe sinueuse, est orné d'une importante plaque de verre églomisé à motifs de lambrequins et d'arabesques or sur fond rouge et d'une bordure rythmée d'accolades en « C » convexes et concaves surmontées d'un magnifique masque à palmettes.

La technique du verre églomisé, utilisée depuis l'Antiquité, connut un vif succès sur une très courte période, à la toute fin du XVIIe siècle et au tout début du XVIIIe siècle.
Ce n'est cependant qu'à la fin du XVIIIe siècle que cette technique fut nommée « verre églomisé » du nom de Jean-Baptiste Glomy (vers 1711-1786), dessinateur et encadreur parisien spécialisé dans cette technique. Celle-ci consiste à fixer sous un verre un décor à la feuille d'or gravé à la pointe recouvert de vernis de couleur rouge, vert, bleu ou noir.

Le dessin à reproduire est alors gratté.

L'origine de cet engouement sous Louis XIV pour les verres églomisés doit être recherchée dans la volonté des artisans de copier les décors en écaille à la manière d'André Charles Boulle, qui étaient alors d'une grande complexité.

Ces pièces d'un tel format d'époque Louis XIV sont d'une grande rareté ; seules trois sont aujourd'hui connues dont la nôtre.

Le Musée des Arts Décoratifs à Paris conserve dans ses collections un miroir de ce type de dimension sensiblement identique mais avec une armature en bois doré et non en bronze.

La collection privée de la Reine d'Angleterre peut quant à elle s'enorgueillir de posséder un miroir à fond bleu réalisé vers 1710 aujourd'hui au château de Windsor.
A la fin du XVIIe siècle est créé le procédé de coulage des glaces par la Manufacture de Saint-Gobain et celle du Faubourg Saint-Antoine, ce qui permit la réalisation de grands panneaux et

Le développement des glaces trumeaux sous Louis XV.
Dans un premier temps, ils furent d'un coût prohibitif et reçurent alors un décor à la hauteur de leur rareté, en bronze doré et verre églomisé.

Notre miroir fut acquis par le Comte Charles-Marie Tanneguy Duchâtel (1803-1867) au début du XIXe siècle. Ministre des Finances puis Conseiller d'Etat sous la Monarchie de Juillet en 1830, il réunit une importante collection de tableaux, de sculptures et d'objets d'art dont le miroir que nous présentons qui échut à sa mort à sa fille Marguerite Eglé Jeanna Caroline Duchâtel (1840-1913), Duchesse de La Trémoïlle.

Le miroir est alors conservé dans les appartements de l'hôtel particulier familial rue Delessert à Paris.
A la mort prématurée de son fils, le Duc Louis Jean Marie de La Trémoïlle (1910-1933), le miroir se retrouve dans la collection de Jean Charles Lamoral (1911-2005), Prince de Ligne, son neveu, propriétaire du château de Serrant où le miroir restera en place jusqu'à aujourd'hui.
CLASSÉ MONUMENT HISTORIQUE

source vente Kohn



MIROIR D'EPOQUE LOUIS XIV En bois sculpté et doré, et verre églomisé, le fronton surmonté d'un masque féminin inscrit dans un cartouche décor de coquilles et volutes de feuillage, le fond et les bordures à décor ornés de chinoiseries or, rouge et bleu sur fond noir, les écoinçons garnis de rinceaux de feuillage, une inscription à l'encre se trouve au dos du miroir, « Joannes ou Joanez…gardien/à paris » 
Hauteur : 181 cm. (71 1/4 in.), Largeur : 98 cm. (38 1/2 in.) 

A LOUIS XIV GILTWOOD AND EGLOMISED MIRROR 

Conçus à l'imitation des marqueteries dites Boulle vers la fin du règne de Louis XIV et au début de la Régence, les miroirs en verre églomisé restent des objets d'exception dont le prix très élevé les destinait principalement aux demeures princières ou à celles des grands seigneurs. Tout aussi rares que les miroirs aux encadrements marquetés de cuivre et d'écaille, leur décor s'inspire généralement et à l'instar de ces derniers, des gravures d'ornement de Jean Ier Berain. Cependant, plus qu'une tentative de pasticher les marqueteries Boulle, les compositions animées de personnages extrême-orientaux jouant d'instruments de musique présentes sur notre miroir reflètent plutôt l'engouement pour les objets exotiques, qui n'eut de cesse de s'accroître à la Cour et à la Ville depuis le dernier quart du XVIIe siècle. Sa réalisation coïncide vraisemblablement avec l'apparition des premiers motifs de la Chine dans les décors muraux des résidences royales et des hôtels parisiens. Ainsi, les appartements de laque aménagés pour la marquise de Seignelay à Sceaux furent augmentés, après l'acquisition du château en 1700 par le duc et la duchesse du Maine, avec un cabinet de la Chine, que cette dernière fit aménager dans l'aile sud et dont les murs étaient revêtus de lambris de laque extrême-orientale. On sait également qu'avant 1716, le jeune Antoine Watteau, peut-être sous la conduite de son maître Claude III Audran, avait déjà réalisé un premier ensemble orné d'arabesques aux chinois pour Joseph-Jean-Baptiste Fleurieu d'Armenonville (1661-1728), au château de La Muette, devenu par la suite la propriété de la duchesse de Berry, puis, en 1719, du roi Louis XV (1) . Plus tard, cette mode allait gagner Paris, comme le témoignent par exemple les quatre panneaux en vernis français conservés au Musée Carnavalet et provenant du cabinet de la Chine aménagé après 1724 pour Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu (1696-1788), dans son hôtel de la Place Royale (aujourd'hui n°21 de la Place des Vosges), etc. Bien que plusieurs miroirs figurent dans les inventaires après décès de Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (2) (1670-1736) et d'Anne-Louise Bénédicte de Bourbon (1676-1753), son épouse (3) ainsi que dans celui très tardif du duc de Richelieu (4) , aucune des descriptions trop succinctes ne permet, hélas, un rapprochement avec notre pièce. On est également très mal renseigné sur les artisans pratiquant l'art du verre églomisé et l'histoire n'a conservé que le souvenir de Jean-Baptiste Glomy (vers 1711-1786), dessinateur et encadreur parisien, dont le nom est à l'origine de l'appellation de cette technique. Pratiqué depuis l'Antiquité, le procédé assez complexe connut un regain d'intérêt en France à partir de la fin du XVIIe siècle : il consistait à fixer sous verre un décor exécuté à la feuille d'or et gravé à la pointe, puis recouvert de vernis colorés (5) . L'habileté de l'artiste qui réalisait le décor de ce type d'objets était doublé d'une vraie prouesse technique, liée à la fabrication de miroirs de telles dimensions. Seule la Manufacture royale de Glaces établie grâce aux efforts de Colbert par lettres patentes d'octobre 1665, dans le Faubourg Saint-Antoine, était capable de produire à la fin du XVIIe siècle des miroirs de dimensions supérieures à 200 cm. Leurs prix prohibitifs les destinaient quasi-exclusivement à l'usage de la Couronne. Cependant, la manufacture avait la faculté de revendre à des particuliers et à des marchands-merciers les anciennes glaces récupérées dans les diverses maisons royales, lorsque celles-ci étaient remplacés à différentes occasions, comme le prouvent les quelques documents de cette administration conservés (6) . Parallèlement, plusieurs autres compagnies de fabrication des glaces furent créées avec les aides financières octroyées par la Maison du Roi. En 1688 vit le jour la Compagnie Thévart, qui, grâce à un nouveau procédé de coulage, parvint à réaliser à son tour des feuilles de glace des tailles de 60 par 40 pouces (162,42x108,28 cm) et s'installa dès 1692 au château de Coucy, à Saint-Gobain, dans l'Aisne. Suite à plusieurs fusions successives, elle perdura sous les noms de Compagnie Plastrier, puis Dagincourt après 1702 et jusqu'à la Révolution, exerçant en partie le monopole de la fabrication des miroirs en verre à Paris. Il paraît fort vraisemblable que les éléments d'une taille assez importante composant notre pièce aient ainsi été produites par cette dernière manufacture. 
Conservés en nombre très restreint, les miroirs en verre églomisé de grandes dimensions se caractérisent par leur décor doré se détachant en général sur un fond soit de couleur rouge ou bleue foncée, soit plus rarement noire. Parmi les premiers à fond rouge, il faut mentionner un grand miroir autrefois dans les collections du comte Duchâtel, puis conservé par sa descendance au château de Serrant (7), un second appartenant au Musée des Arts décoratifs de Paris (8) et un troisième de l'ancienne collection Lévy (9) , alors qu'un miroir ornant actuellement l'appartement de George IV, au château de Windsor (10) et deux autres sur le marché de l'art (11) présentent un fond bleu. Enfin, on connaît un seul autre miroir à fond noir, également dans le commerce de l'art (12). 

La datation de toute cette série de miroirs peut être située entre 1700 et 1710, alors que certains détails de réalisation de notre miroir, placerait sa fabrication plutôt vers 1715-1720. Bien que son aspect général soit très proche de celui du miroir à fond rouge du Musée des Arts décoratifs de Paris, le jeu de volutes et contre-volutes composant l'encadrement de son fronton est plus sinueux, donnant au tympan des contours plus fluides et un aspect moins figé. Egalement, si la structure de ses décors reste celle des encadrements de grotesques de Jean Ier Berain, le dessin révèle des traits plus généreux et discrètement plus mouvementés. Il en est de même pour la représentation des personnages chinois : chez Berain, on en retrouve déjà sur deux de ses gravures faisant partie du Recueil d'Ornements publié par lui-même vers 1690, puis réédité après son décès, en 1711, par son fils Jean II Berain (voir ill.) ; sur notre miroir, ils sont encore inspirés en grande mesure par l'attitude des personnages du maître, notamment dans les cas des chinois esquissant un pas de danse, figurés sur les montants, ou bien des " pagodes " assises, qui animent le fronton et la traverse inférieure. Cependant, la représentation de ces figures extrême-orientales, qui s'éloigne discrètement des modèles de Berain, n'est pas sans évoquer la manière des grotesques de Claude III Audran, ainsi que les personnages des rares chinoiseries connues de la main de Jacques Vigoureux Duplessis (13) , peintre actif vers 1699-1730, qui avait été employé par la Manufacture de tapisseries de Beauvais de 1721 à 1726. Notons également la polychromie recherchée des compositions ornant ce miroir, où les accents de rouge et de bleu très foncé des dais et des lambrequins confèrent un aspect chatoyant aux motifs dorés et parviennent presque à suggérer l'aspect précieux des laques extrême-orientales. 
Estimation 80 000 - 120 000 € 
Vendu 99,674 €

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