jeudi 22 novembre 2012

Bureau plat en placage d'ébène et marqueterie Boulle. Époque Régence Estampillé DUBOIS





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Estampille DUBOIS
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 Photo Europ Action
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Photo Europ Action
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Bureau plat en placage d'ébène et marqueterie Boulle en contre-partie d'écaille de tortue sur fond de laiton. Époque Régence Estampillé DUBOIS, Jacques Dubois (1694-1763), reçu maître le 5 septembre 1742. Photo Europ Action
Il ouvre à trois tiroirs en façade et en simule trois autres sur la face opposée. Les entrées de serrure sont ornées de bronze et de poignées de préhension mobiles. Les faces latérales sont ornées en leur centre de deux grands mascarons représentant des têtes d'hommes barbus couronnés d'une coquille. Il repose sur des pieds de section triangulaire, marquetés et ornés en partie haute de chutes à têtes de femmes, le buste flanqué d'enroulements et chaussés de sabots à motifs de feuillages. Le plateau est garni d'un maroquin brun à vignettes dorées et ceint d'une lingotière. H 84, L 146, P 78 cm (usures). Estimation : 250 000 - 300 000 €
On sait que la faveur dont jouît le mobilier de Boulle ne connut pas d'éclipse. Tout au long du XVIII° siècle, amateurs et collectionneurs recherchèrent ces pièces, et nombre d'ébénistes tentèrent de l'imiter, y compris ses fils, avec des succès divers. On lui doit sans doute la conception (vers 1710) du bureau plat tel que nous le connaissons aujourd'hui. La suppression du piétement en entretoise (type"Mazarin") et l'agrandissement du plateau furent compensés par la mise en place d'arcs-boutant, comme en architecture. Comme ornemaniste, il utilisa à fond la marqueterie de bois d'abord, comme Gole, et aussi celle plus précieuse d'écaille et de laiton, notamment en"partie et contrepartie". Là encore, même s'il n'en est pas l'inventeur, son nom s'impose, peut-être au détriment d'autres artisans moins connus et d'un savoir-faire comparable.
Parmi eux, il faut citer Noël Gérard (vers 1690-1736). Ebéniste et marchand d'abord à l'enseigne du"Cabinet d'Allemagne", il ouvrit en 1725, au coeur de la capitale dans l'ancien hôtel particulier du banquier Jabach, le fameux"Magasin général", fournissant à une clientèle aristocratique et internationale du mobilier à la mode, en marqueterie Boulle. Il appartenait à une dynastie familiale établie dans le faubourg Saint-Antoine. Sa mère était la soeur de Claude Montigny (lui-même père de Louis et grand-père de Philippe-Claude (maître en 1766), beau frère de Fidelis Schey), autre spécialiste de la marqueterie Boulle, et par le second mariage de celle-ci, il était le demi-frère de Jacques Dubois (1694-1763, père de Louis et René Dubois, maîtres en 1755, et beau-père de Jean Goyer), etc. C'est chez Noël Gérard que se forma Jacques Dubois dont nous retrouvons l'estampille sur notre bureau. Il ne prit la maîtrise qu'en 1742 (à 48 ans) ce qui incline à penser, avec A. Pradère, qu'il travailla dans l'atelier de son demi-frère ou comme ouvrier libre dans le faubourg Saint-Antoine lui revendant des pièces.
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Photo Europ Action
 
 
La construction du bâti reste assez frustre, dans la tradition de la menuiserie louis-quatorzienne. Le dessin ne correspond pas à des modèles connus, mais s'en approche, avec des emprunts manifestes, sans chercher la copie. Là où Boulle accolait les tiroirs, un bandeau les sépare, solution de continuité qui crée un équilibre en façade, créant un rythme particulier. L'élégance avec laquelle le piétement, au galbe prononcé, est traité, la sobriété du plateau simplement ceinturé d'un astragale amati, affirme la maîtrise de la conception, comme la virtuosité de la marqueterie qui a gardé la"fleur"de sa gravure du laiton simplement verni. Si les bronzes de notre bureau ne semblent pas appartenir au répertoire de Boulle, on sait pourtant que Gérard en acquit un stock après sa mort. Les masques de Démocrite placés sur les côtés sont en effet une reprise un peu affadie d'un modèle de poignée du maître. Aux angles, les têtes de femmes aux longues tresses, une marguerite épanouie au front, paraissent d'un esprit plus Régence que celles habituellement rencontrées sur les bureaux de Boulle, aux deux boucles parallèles caractéristiques. L'arête des pieds est protégée par une tige de bronze à motif de quadrillage fleuri que l'on retrouve fréquemment chez Dubois ou chez Gérard. Probablement exécuté tôt dans la carrière de Dubois, notre bureau se dégage harmonieusement des modèles d'André-Charles Boulle, sans les renier. Les canons édictés par le maître sont ici respectés, mais dans un esprit plus léger, conférant à notre meuble une grâce juvénile.


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