vendredi 17 février 2012

Chefs-d'œuvre de marqueterie de Pierre Ramond


Chefs-d'œuvre de marqueterie


 Regard historique sur la marquèterie - Pierre ramond 

LA MARQUETERIE de pierre dure, de paille, de bois. Dr Pierre Ramond, Professeur Emérite de l’Ecole Boulle et de Paris IV Sorbonne.    Pour le profane, la marqueterie est un art ancien dont la fonction est d’embellir les objets du mobilier, parfois aussi la surface d’un sol. Ceci n’est pas faux, mais donnons une définition plus précise avant de décrire l’histoire et l’évolution des procédés qui lui sont propres.  « La marqueterie est l’art d’ornementer des surfaces avec des placages de différentes substances minérales, animales ou végétales. 
Ceux-ci après avoir été découpés suivant le tracé d’un motif décoratif sont assemblés, puis appliqués par collage sur le support qui doit être décoré. » Sur tous les continents, les premiers marqueteurs furent des chasseurs, qui personnalisaient leurs armes blanches par des incrustations d’os ou d’ivoire, taillées au couteau sur les manches ou les poignées. Cette manière élémentaire de distinguer ou de décorer les objets est instinctive chez l’homme. Ainsi, le lieu de naissance de la marqueterie se situe dans toutes les parties du monde.



Pierre Ramond a écrit un ouvrage en trois volumes ensemble de livres appelés chefs-d'œuvre de marqueterie , publié par Getty. .

"Marqueterie, également appelé marqueterie ou marqueterie, est l'art de créer des images complexes et des dessins sur les meubles par la coupe et habilement assembler de fines pièces de bois de couleur, de la corne, métal, coquille, et d'autres matériaux précieux. Bien que cet art a des racines très spécialisé dans les temps anciens, il a été popularisé dans le dix-huitième siècle en France et reste aujourd'hui centrée à Paris. Cette série en trois volumes publié en français et maintenant disponible pour la première fois en anglais est l'examen le plus complet à ce jour des techniques utilisé par les experts en marqueterie dans la création de leurs chefs-d'œuvre . "
"Les deux premiers volumes sont des études détaillées de l'histoire du milieu de l'Antiquité à la fin du XXe siècle, illustrés par des exemples tirés des collections de meubles européenne et les arts décoratifs dans le Musée des Arts Décoratifs à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, le musée du Louvre à Paris, à la Wallace Collection à Londres, et le Getty Museum. Un volume final présente les chefs-d'œuvre de certains des plus grands ébénistes et marqueters dans l'histoire, y compris Pierre Golle, André-Charles Boulle, Bernard van Riesenburgh, Jean-François Oeben, Jean-Henri Riesener, Abraham et David Roentgen. Méthodiquement organisé et richement illustré, cet ensemble est une ressource inestimable pour les historiens d'art, collectionneurs d'antiquités, et les concessionnaires, ainsi que des fabricants de meubles contemporains fines. "


Ramond est né en 1935 dans la ville méridionale française de Sorèze, près de Toulouse. Après avoir étudié son métier, Ramond déplacé et mis en place un studio à son nouveau domicile à Paris. Pendant ce temps, il a commencé à enseigner à la marqueterie de l'École Boulle , l'école d'artisanat de prestige à Paris, et a été nommé professeur titulaire en 1978. Il est maintenant président du Jury de Marqueterie pour le concours de la « Meilleurs Ouvriers de France », des conférences et de nombreux voyages pour créer des écoles de la marqueterie à Montréal et à la juge Paul Getty Museum en Californie.



C'est fascinant de voir comment la relation symbolisme et l' historique est entre le développement de l'art et de la technologie. L'un a toujours informé l'autre. En ce qui concerne la marqueterie est concernée, le goût pour les détails complexes de plus en formes organiques nécessaires d'une lame de coupe plus petite et plus forte d'acier. L'appel de la ateliers aux outilleurs était clair: «Nous avons besoin de meilleurs outils." La même chose est vraie aujourd'hui. Même les géants comme DuPont travaillent avec des artistes et en poussant les limites de produits tels que le Corian .



dessin préparatoir


  Le palais du Roi Mausole à Halicarnasse (377-353 av. JC) est souvent considéré comme l’œuvre maîtresse de l’Antiquité. En effet, ce palais où le Roi logeait avec son épouse Artémise, possédait des boiseries incrustées de marbre. En Asie Mineure (la Turquie actuelle), la marqueterie se développa sous l’Empire Romain. L’Egypte de Pharaons n’ignorait pas ces pratiques artistiques. Nous en avons pour preuve, entre autres, une chaise exposée au Musée du Louvre, dont le dossier en bois est incrusté de tulipes en os. Elle fut réalisée à Louxor, aux environs de 1500 av. JC. Au cours des siècles, trois matériaux, utilisés sous formes de placages, différencièrent l’activité des artisans ; la pierre dure, la paille et le bois.  Dans l’Antiquité, ces distinctions dans le métier de marqueteur n’existaient pas. Les exécutants occasionnels étaient polyvalents dans l’emploi des matériaux. Au cours des âges, la marqueterie s’appliquera sur le mobilier et l’habitation. Elle se développera, plus ou moins de façon artisanale, suivant les civilisations. Les sujets décoratifs étaient orientés par les croyances. La foi religieuse inspira la plupart des marqueteurs de la Renaissance italienne. Les coloniaux occidentaux qui parcoururent l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient ou les Amériques pendants plusieurs siècles, découvrirent des peuplades qui possédaient des armes ou des objets marquetés d’une manière élémentaire, parfois d’une qualité surprenante en rapport avec les matériaux et la simplicité des instruments dont ces hommes disposaient. Dans certains pays ces pratiques traditionnelles ont peu évolué. 

D’autres, conservent les procédés ancestraux, tout en ayant un outillage modernisé. C’est le cas des marqueteurs marocains qui exercent à Essaouira. Il est étonnant de constater la similitude des techniques utilisées par des hommes habitant des contrées très éloignées les unes des autres. La mosaïque à très petits carrés, en placage de bois, pratiquée en Iran, est semblable à celle qui est conçue par les Anglais du Kent ou du Sussex, autour de la ville de Tunbridge-ware, dont ce genre de marqueterie a pris le nom. Ce procédé a probablement était importé en Grande-Bretagne par des iraniens. Méconnu des artisans français, il existe un foyer de marqueteurs américains qui utilisent cette technique. Au XIXème siècle, les ébénistes exerçant aux Etats-Unis appliquaient sur leurs meubles les marqueteries exécutées principalement par des français, mais aussi par quelques anglais. Exemple : les meubles de Herter Brothers.      


La pierre dure En Europe, le berceau de la marqueterie est incontestablement l’Italie. 
Sous l’Empire Romain on a composé d’innombrables mosaïques de pierre à petites tesselles, c’est-à-dire des pierres très colorées, taillées en petits carrés, rectangles et triangles, assemblées géométriquement ou formant des décors floraux, des personnages et des situations propres à cette civilisation. Dans l’Antiquité, bien d’autres peuples ont utilisé l’art de la mosaïque à petites tesselles pour habiller sols, murs et plafonds. En Extrême-Orient et en particulier en Inde, on trouve des travaux exceptionnels qui décorent des édifices prestigieux. La richesse des pierres a toujours exercé une grande fascination sur les hommes.  Au XVIème siècle, sans cesser de composer ces mosaïques de pierres, les Florentins développèrent une nouvelle technique en découpant la pierre suivant la forme exacte des sujets qu’ils voulaient représenter. Sous le mécénat des Médicis cette marqueterie ou « Pittura di Pietra » aura un immense succès. Des lapidaires toscans s’installèrent aussi à Naples. Ces nouvelles marqueteries florentines, très colorées et assemblées avec grande précision, furent très appréciées des pays voisins. Ils s’empressèrent de recruter ces fameux lapidaires pour ouvrir des ateliers de pierre dure dans leurs Manufactures Royales, dont les principales furent Prague, Madrid et Paris. 
En 1668, Louis XIV recruta quatre de ces marqueteurs italiens ; Fernando Migliorini, son frère Orazio, Fillipo Bianchi et Gian Giachetti. Ils travaillèrent à la Manufacture des Gobelins et initièrent quelques marqueteurs français à ce métier difficile et coûteux. Pendant 26 années, la Manufacture Royale produisit des marqueteries de pierre d’une grande qualité et de toutes dimensions, pour décorer les cabinets de la fin du XVIIème siècle ainsi que des dessus de tables somptueux, comme ceux que l’on peut admirer dans la galerie d’Apollon au Louvre. Ces compositions furent exécutées par deux procédés différents pour découper et creuser la pierre. Il était intéressant de les identifier. En 1986, avec l’accord de Daniel Alcouffe, Conservateur Général, les élèves marqueteurs de l’Ecole Boulle ont pu faire une étude approfondie des techniques utilisées pour réaliser ces chefs d’œuvres.   A la fermeture de l’atelier des Gobelins, en 1694, il existait probablement une importante réserve de ces marqueteries de pierre inemployées. 
A la fin du XVIIIème siècle quelques ébénistes comme ; Joseph Baumhauer, Adam Weissweiler ou Guillaume Benneman, habillèrent des meubles Louis XVI de panneaux de pierre dure, quelquefois retaillés ou disposés d’une façon qui ne peut laisser aucun doute sur leur réemploi. Peut-être ces ébénistes ont-ils démonté des cabinets de l’époque du Roi Soleil, qu’ils considéraient démodés ou sans intérêt ? Quant aux quatre lapidaires italiens, ils continuèrent à produire dans d’autres ateliers après la fermeture de celui de la Manufacture Royale. Les lapidaires du XVIIème siècle tenaient surtout compte de l’aspect des pierres et de leur couleur pour composer les motifs, en éliminant les plus friables, même si la dureté excessive du matériau était un inconvénient pour le découpage. Plus tard, l’étude du minéralogiste Friedrich Mohs (1773-1839) a défini la classification des pierres par 10 degrés de dureté. On peut dire que le terme de pierre dure appliqué en marqueterie n’est pas toujours correct. Les musées florentins présentent un grand nombre d’ouvrages en marqueterie de pierre dure. Les visites les plus intéressantes sont celles que l’on peut faire à la chapelle des Médicis et surtout à l’Opificio della Pietre Dure, situé au cœur de Florence. Ce musée atelier fait fonction de conservatoire. 
On peut y voir les vieux outils et machines, ainsi qu’une présentation sous vitrine d’une grande variété de pierres ; agate, porphyre, malachite, coralline, améthyste… auxquelles s’ajoute une collection de marqueteries, toutes extrêmement belles. Elles sont présentées sur des murs accompagnées des dessins colorés qui ont servi à leurs créations. Pour d’autres, il ne reste que les dessins des auteurs. Des étiquettes indiquent les lieux lointains où les marqueteries furent acquises ou offertes à des monarques.   Dans ce début du XXIème siècle, il reste peu de marqueteurs de pierre florentins. Ils respectent la tradition, restaurent et créent des ouvrages avec une parfaite précision. Le découpage classique des pierres avec un câble ou un fil d’acier imprégné de silice est encore employé, mais l’outillage s’est bien amélioré grâce à des machines à disques diamantés, qui permettent de débiter les blocs de pierre plus aisément, ainsi qu’à des meules électrifiées utilisées pour rectifier les petites pièces. Néanmoins, la marqueterie de pierre demeure un travail long, coûteux, qui demande au praticien du goût et de l’expérience. En France, quelques lapidaires sont encore en activité. Dans les expositions régionales, on découvre quelques tables ou des tableaux contemporains en marqueterie géométrique avec des éléments de pierre bien ajustés, souvent fabriqués mécaniquement par des artisans autodidactes. Les marqueteurs parisiens Eric Pennel et Hervé Obligi sont attachés aux techniques florentines. Ce dernier, ancien élève de Claude Durand est devenu un excellent exécutant de travaux traditionnels, mais aussi un créateur d’objets en pierre dure.   

La paille : Depuis des siècles, on utilise des éléments végétaux pour décorer des objets. Les collages de feuilles ont un aspect plus ou moins heureux et une existence souvent éphémère. Il n’en va pas de même pour la paille qui est un beau matériau. Les ouvrages de tabletterie, tableaux petits meubles ou paravents ainsi revêtus peuvent produire le plus bel effet et sont recherchés par des collectionneurs. La facilité d’acquisition de ces brins de céréales a incité de nombreux amateurs à pratiquer cet art. Ce qui explique probablement son intense activité dans les bagnes, ainsi qu’aux seins des prisons. Avec plus ou moins de talent et de moyens matériels, de nombreux prisonniers ont marqueté de paille des objets qu’ils fabriquaient en bois ou en carton. Des religieuses également ont réalisé des boîtes, des étuis, des petits tableaux sur lesquels la marqueterie de paille est enrichie par de la broderie de soie. Le Saint-Esprit, la vierge et l’enfant sont les sujets le plus souvent traités. A l’inverse des travaux faits dans les couvents, les motifs choisis par les prisonniers ont rarement un caractère religieux. Certains se sont inspirés des œuvres des grands peintres copiées sur des calendriers ou des journaux, d’autres ont créé des compositions personnelles : une vue de la cellule, la forteresse où ils sont détenus. Les bagnards exilés à Cayenne ou en Nouvelle Calédonie ont représenté des sites tropicaux ou des marines. Les coffrets et petits étuis sont marquetés d’inscriptions dédiées à l’amour, à un être cher, quelquefois à Dieu ou à eux-mêmes. 
Les restaurateurs de ces marqueteries peuvent identifier leur provenance, quand la paille a été doublée avec du papier imprimé, prélevé sur des registres de l’administration pénitentiaire. Ces marqueteries de paille pêchent fréquemment par leur pauvreté artistique. Cependant, quelques prisonniers ont réalisé des œuvres de grande qualité. Les éléments de paille ont alors été découpés avec minutie et l’harmonie des couleurs a convenablement résisté au temps. Le Musée de la Marine possède des ouvrages semblant provenir du bagne de Toulon. Aux Invalides, le Musée de l’Armée possédait la maquette (aujourd’hui disparue) du dépôt anglais de Norman Cross, marqueté par Foulley, un soldat de l’Empire, après sa libération à la chute de Napoléon 1 er. A Londres, le Victoria and Albert Museum conserve plusieurs objets marquetés par des prisonniers de guerre français, enfermés à Norman Cross entre 1797 et 1815. Le City Museum, proche de Cambridge, le Museum and Art Gallery de Luton possèdent également des travaux du même lieu de détention. Les Musées des Arts Décoratifs de Paris et de Lyon conservent de beaux objets. Une belle collection d’outils et d’objets en marqueterie de paille est présentée dans des vitrines au Musée Crozatier du Puy en Velay. Elle provient, en partie, de l’atelier de M. Roland, un artisan local, qui exerçait à la fin du XVIIIème siècle. De nos jours peu d’artisans restaurent ou créent du mobilier marqueté de paille. Parmi eux Pierre Lavergne, un encadreur, l’utilise avec habileté depuis plus de vingt ans. Il restaure aussi les ouvrages anciens ; Lison de Caunes, petite-fille de l’ébéniste André Groult, a écrit un livre très complet sur l’histoire et la pratique de ce métier, qu’elle exerce elle-même. Hervé Morin, pour sa part, ancien élève de l’Ecole Boulle, créa pour son diplôme des Métiers d’Art, un très beau secrétaire revêtu de parchemin, incrusté de motifs en paille.      

Le bois : Les marqueteurs de bois utilisent non seulement des placages de diverses essences de bois, mais également des substances animales comme l’écaille de tortue, l’os, l’ivoire, la nacre, la corne… ainsi que des métaux tels que l’étain, le laiton, le cuivre plus rarement l’argent. Tous ces matériaux sont préparés en feuillets d’épaisseur égale. Sous l’Empire Romain, la marqueterie de bois appelée «  Tarsia Certosina » se développa. Elle consistait à appliquer sur des objets domestiques, des pièces de rapport en les incrustant dans des cavités creusées au couteau. La mosaïque de bois ou «  Tarsia Geometrica » fut aussi pratiquée. Elle prit un essor au XIVème siècle en Italie, sous forme de bandes. Ces figures répétitives furent insérées dans les boiseries des studiolo et sacristies, ou entrelacées sur les coffres de la Renaissance. Le décor marqueté, parti de Toscane et implanté en Hongrie sous l’influence de la cour du Roi Mathias Corvin, vers 1470, prit une grande importance au XVIème siècle dans les deux pays. De nombreux procédés furent mis en œuvre pour affiner la coupe, l’assemblage et donner de nouvelles colorations aux placages afin d’enrichir la décoration des coffres et des lambris. Les plus célèbres exemples sont les studiolo du palais d’Urbino et de Gubio , les stalles des cathédrales de Sienne et de Bergame.   Les scènes bibliques, mythologiques ou celles qui représentaient les vertus humaines étaient les thèmes habituels des compositions marquetées.     A cette époque Benedetho et Giuliano da Maïano étaient réputés pour leurs créations. D’autres marqueteurs travaillèrent d’après les cartons de Lorenzo Lotto ; il y avait des religieux extrêmement habiles, comme Fra Giovanni da Verona ou Fra Raffaela da Brescia. Les premières marqueteries réalisées en France sont probablement les stalles de l’abbatiale de Saint Denis, conçues en 1509 par Michelet Guesnon, pour la chapelle du château de Gaillon. Dans l’ordre d’ancienneté suivent les stalles de la basilique de Saint Bertrand de Comminges (Haute-Garonne) en 1535, puis les lambris de la chapelle à la Bâtie d’Urfé, en 1548. Ces boiseries furent marquetées en Italie par Fra Damiano da Bergame et mises en place par un menuisier français. Une partie des biens de la Bâtie d’Urfé fut dispersée en 1874. Aujourd’hui les lambris de la chapelle sont exposés au Metropolitan Museum of Art, à New York. Au milieu du XVIIème siècle, les travaux de l’ébénisterie anversoise étaient réputés. Louis XIV recrute des menuisiers en ébène flamands pour la Manufacture des Gobelins. Ils initièrent nos menuisiers au travail du placage d’ébène et de l’écaille. Reprenant le procédé d’une colonie d’italiens qui travaillaient en Allemagne du sud, André-Charles Boulle permit, grâce à son génie, un développement considérable de la marqueterie, au point que son nom fut donné à une technique et à un style qu’il porta au plus haut niveau. Cette technique que les Intarsiatori appelaient tarsia a incastro consiste à découper avec une fine lame de scie, deux ou trois placages très contrastés en superposition. Puis sans aucune perte, les ornements clairs du motif sont incrustés dans le fond foncé, et inversement. 
Le premier décor est appelé «en partye », le second est la «contre partye ». Les deux matériaux les plus employés sont l’écaille de tortue et le laiton. Quelquefois les marqueteurs y ajoutent un placage d’étain obtenant ainsi un troisième décor que l’on appelle «deuxième contre partye ».  Au cours du XVIIIème et du XIXème siècles, il y eut deux périodes de forte résurgence du style Boulle   l’une sous Louis XVI, pendant laquelle les ébénistes Etienne Levasseur et Claude Montigny furent des restaurateurs et des copistes talentueux du grand Boulle   la seconde période sous Napoléon III. Les ébénistes-marqueteurs anglais de l’époque Victorienne produisirent le même type d’ouvrages. Comme sur les meubles anversois du début du XVIIème siècle, l’écaille était rouge. Ceci était dû à l’application de papier coloré sur l’envers des écailles de l’espèce « Franche », plus transparente que celles de l’espèce « Caret », qu’employait A.C. Boulle, sur lesquelles on faisait simplement une égalisation de la couleur avec une colle de poisson mélangée au noir de fumée. L’art de la marqueterie atteignit son apogée dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Les travaux de Jean-François Oeben, sous le règne de Louis XV et ceux de Jean-Henri Riesener pour la Cour de Louis XVI et pour Marie-Antoinette en particulier, sont les meilleurs exemples de ceux qui furent produits à l’atelier de l’Arsenal. Cependant, les tableaux plaqués sur les meubles de David Roentgen sont incomparables. Cet ébéniste établi à Neuwied, en Rhénanie, dirigea une importante manufacture dans laquelle furent marquetés avec minutie, des sujets dessinés par le peintre Janvier Zick. Après la rupture due à la Révolution, la diversité et la qualité du mobilier des XVIIème et XVIIIème siècles inspira de nombreux ébénistes et marqueteurs des époques Charles X, Louis-Philippe et Second Empire. On constate un affinage des travaux dû à la qualité des artisans, mais aussi au progrès technologique de l’ère de la mécanisation. 


Les ouvrages marquetés par l’atelier d’Alfred Beurdeley sont parmi les plus remarquables. Il y a toujours eu des artisans talentueux pour maintenir le métier à son meilleur niveau technique. Parfois leurs associations avec des architectes, des dessinateurs, des illustrateurs firent éclore un style d’ouvrages dont les formes et les marqueteries s’harmonisaient avec élégance. Ce fut le cas pour l’Ecole de Nancy, des ébénisteries d’Emile Gallé et de Louis Majorelle, auxquelles le peintre Victor Prouvé apporta son concours. Quelques marqueteurs indépendants comme Charles Spindler s’associèrent à ce mouvement qui devint l’Art Nouveau. La première guerre mondiale fit disparaître les ateliers les plus réputés. Par la suite, la marqueterie cessa d’être une ornementation essentielle de la période des Arts Décoratifs, en dehors de quelques créations d’Emile Ruhlmann, de Jules et André Leleu… Le métier ne survécut que par la reproduction des meubles des styles de l’Ancien Régime.     Qu’elle soit de pierre dure, de paille ou de bois, la marqueterie est une activité comparable à celle de la peinture. Elle attire beaucoup d’amateurs passionnés. On trouve parmi eux des autodidactes talentueux, qui après avoir rencontré le succès, ont prit un statut d’artiste. Bien que peu nombreux, les professionnels assurent la restauration de notre patrimoine et celui d’autres pays. Quelques-uns uns, au goût très sur, se consacrent à la création de meubles ou objets de tabletterie. Plusieurs lycées professionnels forment de jeunes marqueteurs. Après l’obtention du C.A.P. ou du baccalauréat, l’Ecole Boulle offre aux étudiants la possibilité d’étudier cette spécialité (à l’exception de la pierre dure), les menant jusqu’à l ‘obtention du Diplôme des Métiers d’Art (Niveau III). Suivant le thème donné, le candidat est alors libre de créer et de réaliser un objet dans le cadre du sujet qu’il aura choisi. La proximité des musées facilite la formation des étudiants. Les Conservateurs du Louvre, des Arts Décoratifs et Nissim de Camondo, de Cognacq-Jay, de Carnavalet, du Petit Palais, des châteaux de Fontainebleau, Malmaison ou de Versailles… sont souvent sollicités pour permettre d’étudier, de dessiner les ouvrages dont ils ont la responsabilité. Pour le plus grand profit de nos écoles d’art, professeurs et conservateurs entretiennent les meilleures relations. Ces derniers sont invités à participer ou à présider les jurys d’examens. L’auteur de ce texte, qui enseigne l’histoire du mobilier et les techniques de marqueterie depuis plus de trente ans, tient à remercier Daniel Alcouffe, Conservateur Général au Musée du Louvre, de l’aide inestimable qu’il n’a eu de cesse d’apporter à nos enseignements, depuis le début des années 1970.   

Dr Pierre Ramond Professeur Emérite de l’Ecole Boulle et de Paris IV Sorbonne.







ISBN : 978-2-85101-149-7
Date de sortie : 06/12/2011
Dimension : 25 cm X 35 cm
Nb pages : 208
Type de reliure : Relié
Langue : Français

L’auteur, professeur de marqueterie à l’école Boulle et docteur en histoire de l’art, nous décrit la vie et l’œuvre de cet ébéniste d’exception avec le regard combiné d’un artisan et d’un historien.
André-Charles Boulle (1642-1732) était déjà à 30 ans considéré comme « le plus habile ébéniste de Paris » (Colbert). Il fut le seul artisan de sa génération à réunir plusieurs savoir-faire qui tous participaient à la beauté des objets qu’il fabriquait. Son nom est en effet associé à ses talents de marqueteur, lui qui avait développé l’art de recouvrir les meubles d’écaille de tortue et de métal (laiton, étain ou cuivre), procédé qui prit le nom de marqueterie Boulle. Il était également un virtuose de la « peinture en bois », une technique associant diverses essences pour former bouquets, rinceaux, guirlandes et arabesques. Il fut aussi dessinateur, tabletier, menuisier et il maîtrisait l’art du bronze : il dirigea finalement son propre atelier de fabrication des bronzes où il sculptait parfois ses modèles et pratiquait la ciselure et la dorure.
Il nous laissa des meubles magnifiques, mais aussi de plus petits objets : écritoires, consoles, horloges, coffrets et de nombreux dessins manuscrits ou gravés que l’auteur se fait un plaisir de présenter à travers de nombreuses photographies et de commenter en précisant leur histoire, les techniques utilisées, les essences et matières mises en oeuvre. À l’occasion il les accompagne de leur relevé, et pour mieux rendre compte des nombreux détails, certains dessins de grandes dimensions sont présentés sur des planches dépliantes.

Le livre commence par un rappel des techniques de marqueterie utilisées par Boulle : le dessin, les matériaux, le découpage et ses outils, la partie et la contre-partie, la marqueterie de bois (ou peinture en bois), la gravure. Il raconte ensuite la vie de l’ébéniste, précise son contexte historique dans le Paris des artisans au XVIIe siècle, sa famille avec Jean Bolt, son père déjà menuisier en ébène, sa jeunesse, sa rapide ascension dans l’artisanat jusqu’à être logé pendant 60 ans au Louvre par le roi qui l’a ainsi placé au-dessus des règlements corporatifs. L’auteur nous rappelle que l’homme était aussi un fou de peinture et collectionneur passionné, ce qui le faisait toujours vivre avec des créanciers à sa porte et le fera même tâter de la prison pour dettes.
Le texte est émaillé de nombreuses photographies accompagnées de descriptions d’ouvrages de Boulle sans oublier ceux de certains ébénistes contemporains qui l’ont influencé ou au contraire suivi, et de certains meubles plus tardifs qui montrent des panneaux de marqueterie du Maître réemployés par d’autres. Le livre se termine par un reportage dans un atelier parisien qui a récemment effectué dans les règles de l’art la copie d’une armoire de Boulle.

Pierre Ramond est également l’auteur de plusieurs livres de référence : La Marqueterie et les trois tomes des Chefs d’œuvre des marqueteurs, également aux éditions Vial.

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Sommaire :
Préface de Daniel Alcouffe, conservateur du musée du Louvre
Histoire et technique de la marqueterie
La vie et l’œuvre d’André-Charles Boulle
L’héritage d’André-Charles Boulle
Public :Amateurs de pièces exceptionnelles, marqueteurs, ébénistes et fondeurs, antiquaires, restaurateurs et historiens de l’art.
source : http://www.editionsvial.com/




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