lundi 21 novembre 2011

Importante table-console d'époque Régence, vers 1715-1725 attribuée à André-Charles Boulle et ses fils

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Importante table-console d'époque Régence, vers 1715-1725 attribuée à André-Charles Boulle et ses fils, avec l'étiquette commerciale de Séverin, certains bronzes poinçonnés au C couronné


en marqueterie en contre-partie à fond de cuivre et incrustation d'écaille, de nacre et de corne teintée ; le plateau orné d'une scène représentant un char à boeufs supportant une escarpolette et escorté de singes et d'amours ; ouvrant à trois tiroirs en ceinture, à décor de rinceaux et arabesques ; elle repose sur six pieds dont quatre pieds cambrés terminés par des sabots en culots et feuillages, et deux pieds fuselés à huit pans ; les montants réunis par une entretoise ajourée ; ornementation de bronze doré : masques de faunes, bustes de femme à couronne de laurier, chutes, cartouche, pieds et sabots ornés de feuilles d'acanthe, cassolette néoclassique (d'époque postérieure) ; le dos en placage d'ébène et filets de laiton ; avec une étiquette commerciale du marchand Séverin collée à l'intérieur du tiroir central. haut. 81 cm, larg. 133 cm, prof. 53 cm.
  Estimation: 600,000—1,000,000 EUR


PROVENANCE : - Ancienne Collection Lady Salmond, vente Christie's Londres, le 30 novembre 1972, lot 70
- Ancienne Collection Roussel, vente Sotheby's Monaco, le 22 juin 1986, lot 554
Références bibliographiques : A. Pradère,"Boulle, du Louis XIV sous Louis XVI", L'Objet d'Art, n° 4, février 1988.
G. Wilson, « Boulle », in Furniture History Society Bulletin, 1972
R.H. Randall, "Templates for Boulle Singeries", Burlington Magazine, septembre 1969
"Sources and techniques of Boulle marquetery", cat. expo. Wallace Collection,
P. Fuhring, "Designs for and after Boulle furniture", Burlington Magazine, juin 1992, fig. 15, p. 362
P. Hughes, The Wallace collection, Catalogue of Furniture, vol. II, Londres, 1996, pp. 752-761
NOTE :
L'évolution du modèle
Cette console constitue un jalon dans l'évolution des tables-consoles réalisées par André-Charles Boulle et son atelier entre 1700 et 1730.
Le premier modèle est tout d'abord connu par un dessin de Boulle conservé au musée des Arts décoratifs à Paris ainsi qu'une gravure dans un recueil publié par Mariette après 1707 intitulé 'Nouveaux Desseins de Meubles et ouvrages de Bronze et de Marqueterie inventés et gravés par André-Charles Boulle'. Comme sur le dessin, ce modèle original présente à la différence de notre console, des chutes à masque de satyre à l'avant, un tiroir central avec un masque de femme au centre, des pieds antérieurs terminés par des sabots pointus et les pieds intermédiaires en vis.
A ce premier groupe datable des années 1700-1715 appartiennent les deux tables de la Collection Wallace estampillées respectivement de Dubois et de Leleu qui, en l'occurence, se sont contentés de réparer et sans doute de remettre au goût du jour des meubles Louis XIV en rajoutant sur l'entretoise des vases néoclassiques en bronze doré (similaires à celui de notre table-console) ; la table vendue par Christie's à Londres le 14 avril 1983 (lot 80) et celle de la collection Ancel estampillée de Dubois puis vente Sotheby's à Londres, Highlights from an Important Private European Collection, le 5 juillet 2006, lot 8 ; une paire provenant de la Collection Ojjeh vendue par Christie's à Monaco les 11-12 décembre 1999, lot 45 ; une paire provenant de la collection Wildenstein (vente Christie's Londres, le 14 décembre 2005, lot 10) et la table console de la collection D. Riahi (vente Christie's New York, le 2 novembre 2000, lot 39). Toujours dans ce premier groupe, certaines autres tables présentent des différences : celle de la duchesse de Talleyrand (vente Sotheby's Monaco le 14 juin 1982, lot 492) présentait des pieds en enroulements semblables à ceux de notre console. En outre, d'autres tables ne comportent pas de plateaux de marqueterie mais des dessus de marbre, comme la paire de l'ancienne collection Jules Strauss (mentionnées dans Theunissen, Meubles et sièges du XVIIIe siècle, 1934, p. 59), ou de cuir comme celle du musée National Bavarois à Munich.
Le second groupe de tables auquel appartient notre console se situe approximativement vers 1715-1725. Il présente des caractères rocailles plus marqués justifiant une datation plus tardive : le tiroir central est bombé et possède une découpe en arbalète tandis que les chutes à tête de femme ont un caractère plus Régence. Cette console est un exemple de l'adaptation des modèles de Boulle père au goût rocaille naissant : galbe plus doux, bronzes moins sévères, marqueterie plus colorée. Toutefois, notre console ne doit pas être datée beaucoup plus tard que vers 1715-1725 présentant encore les caractéristiques d'un meuble Louis XIV (avec des tiroirs en noyer et les fonds en sapin), on trouve également dans la marqueterie des parties peintes sous la corne transparente, détail typique du mobilier Louis XIV.
Ce second groupe comprend une paire de consoles avec dessus de marbre, ancienne collection de Lord Harringdon, vente Sotheby's le 22 novembre 1963, lot 69, et une troisième collection Countess of Craven, vente Sotheby's le 15 décembre 1961, lot 170.
Ce groupe fait stylistiquement la transition avec un troisième groupe que l'on peut dater des années 1725 à 1730. Il comprend deux tables constituant vraisemblablement une paire à l'origine, l'une en première-partie (conservée à la Jones Collection au Victoria and Albert Museum, inv. 1021-1882) et sa contre-partie vendue chez Christie's à New York, le 2 novembre 2000, lot 32. Ces deux tables peuvent correspondre à la paire que possédait Crozat de Thiers et qui fut plus tard scindée en deux lots lors de la dispersion des biens du baron Thiers (vente à Paris en 1771, lots 1119 et 1120). La forme de ces tables est plus sinueuse et mouvementée, les courbes sont plus prononcées, annonçant déjà les lignes générales du style Louis XV. Les pieds intermédiaires ont disparu, seuls quatre pieds bien cambrés assurent la stabilité du meuble qui se passe désormais d'entretoise. Le répertoire des bronzes est partiellement conservé avec les mêmes bustes de femme à couronne de laurier et les sabots en enroulement d'acanthe.
Le décor du plateau
Il existe au Museum of Fine Arts de Boston deux dessins grandeur nature vraisemblablement réalisés par l'un des fils de Boulle, Jean-Philippe, dessinateur et graveur dans l'atelier de son père, qui servirent probablement de patrons pour la réalisation du décor de certains plateaux. Il s'agit de grandes feuilles dont l'utilisation a été discutée par R.H. Randall et P. Furhing (op. cit).
Les scènes centrales de procession sont inspirées des gravures du hollandais Cornelius Bos (1506-1564). Le décor des plateaux puise une partie de son inspiration dans des gravures représentant des parodies de jeux champêtres réalisés par des singes. Le thème s'apparente aux singeries destinées à tourner en dérision la société des hommes qui fut très en vogue à la fin du XVIIe et durant le XVIIIe siècle. L. Scheuleer a fait le rapprochement entre la compostion du décor de ces plateaux et la table livrée pour la Ménagerie à Versailles en 1701 où Louis XIV souhaitait un nouveau répertoire décoratif susceptible d'amuser sa petite-fille la duchesse de Bourgogne. Boulle fait livrer pour la Ménagerie une table avec un plateau orné "dans le milieu d'un amour sur une escarlopette balancée par deux amours et un berger jouant de la musette, le reste remplis de figures et animaux grotesques et ornemens".
Le décor du plateau avec le char à boeufs supportant des chérubins qui jouent à l'escarpolette et escorté de singes correspond très exactement à une planche gravée, de dimensions identiques, conservée au musée de Boston. Richard Randall, qui l'a étudié dans un article du Burlington Magazine (Template for Boulle Singerie, septembre 1969), a suggéré qu'il s'agissait là de patrons de grandeur nature utilisés dans les ateliers de Boulle pour le découpage de la marqueterie.



Séverin, marchand ébéniste à Paris
Nicolas-Pierre Séverin (1728-1798) fut reçu maître ébéniste en 1757 mais ne fit enregistrer ses lettres de maîtrise qu'en 1764. Comme Montigny ou Levasseur, il se spécialisa dans la restauration et vraisemblablement dans la fabrication de meubles en marqueterie Boulle.
On trouve collée à l'intérieur du tiroir central de la console l'étiquette commerciale de l'ébéniste, qui fut très probablement son restaurateur ou revendeur dans les années 1760-1780. Son étiquette est parfaitement explicite sur la nature de son intervention puisqu'il se décrit comme "connu pour la parfaite restauration des Meubles du célèbre Boule".
Ce pan de son activité est d'ailleurs confirmé par la présence de son estampille sur d'autres meubles en marqueterie Boulle qui, par le passé, lui avaient été attribués comme les deux gaines conservées au musée du Louvre

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