samedi 19 novembre 2011



IMPORTANTE PAIRE DE GAINES en marqueterie Boulle de laiton, d'étain, d'ébène et corne teintée bleu, chacune avec un dessus rectangulaire orné d'une frise de feuilles et de tournesols en bronze doré, la partie centrale en gaine centrée par un lambrequin flanqué de chaque côté par une grande volute d'acanthe en bronze doré, la base ajourée. Epoque XVIII°siècle, Louis XIV, vers 1700-1710 H131,L50,P38 cm Ces gaines impressionnantes suivent un dessin par André-Charles Boulle, gravé et publié après 1707 par Mariette sur la page titre de son recueil de «Nouveaux Desseins de Meubles et ouvrages de Bronze et de Marquetrie Inventés et gravés par André-Charles Boulle». Ce modèle fut extrêmement populaire tout au long du XVIII°siècle, et notamment dans la seconde moitié, avec le goût croissant pour les collections de sculptures et les galeries de peintures. Utilisées comme ponctuation architecturale, ces gaines étaient faites à une hauteur idéale pour l'appréciation des oeuvres d'art en ronde bosse. Dans l'acte de délaissement de 1715, par lequel Boulle cède son atelier à ses fils, sont mentionnés : «une contrepartie imparfaite du serre-papier accompagné de deux pieds d'estaux de M. Bourvalais, valant 500l Neufs pieds d'estaux contreparties placqués mais imparfaits quant aux bronzes 150l Plusiers escabellons ou guesnes à porter des bronzes comme ceux de M. de Montargis 220l ou autres» Dans l'inventaire établi après la mort de Boulle en 1732, d'autres mentions sont faites de ce modèle: «n°30 une boeste de modèles à franges et houppes des pieds d'estaux de cabinet de M. Bourvalais pesant treize livres, prisés à raison de vingt sols la livre XIII (131)» (J-P Samoyault, André-Charles Boulle et sa famille, Genève, 1979, pp. 68-69 et 139). Ceci pourrait suggérer non seulement que le modèle fut à l'origine commandé par Paul Poisson de Bourvalais (d. 6 février 1719), mais aussi qu'il bénéficia d'une popularité durable au cours de la vie de Boulle. Provenance : Collection privée, Christie's New York Bibliographie : D. Alcouffe, A. Dion-Tennenbaum et A. Lefébure, Le Mobilier du Louvre, vol. 1, Edition Faton, Dijon, 1993 J-P. Samoyault, André-Charles Boulle et sa famille, Genève, 1979 Ces gaines étaient hautement estimées par les collectionneurs de mobilier Boulle, et apparaissent régulièrement dans les catalogues de vente parisiens à la fin du siècle. Un certain nombre de piédestaux de ce type, dit «piédestal à tablier» sont connus avec de subtiles variations. A part l'existence d'exemplaires en première et contre-partie, la variation la plus évidente à l'intérieur du groupe est l'usage de corne teintée bleu sur le lambrequin à frange. C'est le cas d'une des trois paires de piédestaux attribués à Boulle au Musée du Louvre qui sont quasiment identiques à cette paire. Une paire en première partie aussi avec des lambrequins teintés en bleu, provenant probablement de la collection Alfred de Rothschild à Halton, fut vendue à Christie's Monaco le 18 juin 1989,


Marie de Médicis, puis Mazarin firent connaître cette technique en France, où on l'imitait avant Boulle. La technique : L'ébéniste choisit des lamelles de matériaux divers, bois, écaille, métal, qu'il superpose et découpe ensemble. Les éléments obtenus sont ensuite insérés les uns dans les autres de façon à obtenir un décor aux coloris contrastés. Lorsque les motifs de métal se détachent sur un fond d'écaille ou de bois, c'est la «première partie»; dans le sens contraire, le dessiin est similaire, mais les matières sont inversées, c'est «la contrepartie». Paire de scabellons par André Charles Boulle conservé au musée du Louvre Estimation sur demande


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Belle paire de gaines à tablier en marqueterie en première partie d'écaille brune, corne teintée bleue, laiton, étain et bronze doré d'époque Louis XIV vers 1705-1715, attribuées à André-Charles Boulle, certains bronzes poinçonnés au C couronné


le bâti en sapin ; le plateau de forme rectangulaire en placage d'ébène, surmontant une doucine à fond d'écaille rouge ornée d'acanthes stylisées en étain, écoinçons en bronze doré surmontant un tablier à fond de corne teintée bleue et décor de rinceaux et arabesques ; la façade terminée par une gerbe de feuilles d'acanthe en laiton sur fond d'écaille brune, reposant sur une base en forme d'arche ; ornementation de bronze doré : frise d'acanthe, fleurettes, bordure godronnée et large enroulement d'acanthe sur les côtés ; incisée au dos I sur l'une et IIII sur l'autre - haut. 125 cm, larg. 52,1 cm, prof. 38,1 cm -
Ce modèle de "gaine à tablier" a été inventé par André-Charles Boulle puis gravé et publié par Mariette "aux colonnes d'Hercule", rue Saint Jacques à Paris, peu après 1707. Le recueil de planches comportait en titre "Nouveaux dessins de meubles et ouvrages de bronzes et de marqueterie inventés et gravé par André-Charles Boulle". Le terme nouveau implique une création récente de ces gaines qui servaient sur la gravure de supports des vases. Les antécédents dans l'oeuvre de Boulle sont des plus prestigieux et concernent les commandes réalisées pour le Grand Dauphin dans les années 1680. La plus extraordinaire livraison correspond à une paire de piédestaux octogonaux réalisés vers 1686-1687 et conservés à l'abbaye de Chaalis. Ils ornèrent probablement d'abord le cabinet doré à Versailles et servirent très vraissemblablement de support aux chenets de l'Agarde (Wallace Collection, Londres). Plus ou moins au même moment, vers 1784, le Grand Dauphin commandait neuf piédestaux à trois face d'un modèle plus proche des gaines à enroulement de la collection Lévy, datables vers 1710 ; mais d'un gabarit plus élancé, sans tablier et enroulement (voir Ronfort, op.cit.).

Le document le plus intéressant a été publié par J.P. Samoyault, dans André-Charles Boulle et sa famille, Genève, 1979. Il s'agit de l'acte de délaissement des biens d'André-Charles Boulle à ses enfants daté de 1715 lequel précise le commanditaire de deux de ces piédestaux : "- Une contre partie imparfaite du serre-papiers accompagné de deux pieds d'estaux de M. Bourvalais valant 500 livres."
Ces piédestaux avaient été réalisés pour un hôtel de la place Vendôme, actuel ministère de la Justice, aménagé à partir de 1710 par Poisson de Bourvalais, trésorier de l'Extraordinaire des Guerres.
L'inventaire après-décès de l'ébéniste dressé en 1732 apporte des informations complémentaires (op. cit. p. 139) : "n° 30 une boeste de modèles de franges et houppes des pieds d'estaux de Mr. Bourvalais pesant treize livres à raison de vingt sols la livre XIII (13 liv)".
Un autre exemple intéressant quant à la datation demeure la livraison en 1715 de deux gaines à tablier pour le prince électeur Auguste le Fort, toujours conservées à Dresde.
A partir du modèle élaboré vers 1700 par André-Charles Boulle, dont la paire de la collection Lévy, entièrement en sapin, constitue un intéressant et rare exemple ; de nombreux autres exemplaires ont été réalisés dans tout le courant du XVIIIe siècle et jusqu'au début du XIXe siècle. Sans connaître de réel désintérêt à aucun moment dans le courant du siècle, le modèle fut repris par d'autres ébénistes, notamment dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ces exemplaires plus tardifs sont en général réalisés sur un bâti entièrement fait de chêne. On les nomme alternativement d'une façon générale au XVIIIe siècle "pieds d'estaux", "escabellon" ou "guesne".
Des nombreux exemplaires de ce modèle, nous retenons les trois paires conservées au musée du Louvre dont deux estampillées Severin et Levasseur et une Levasseur (D. Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum et Amaury Lefebure, Collections du mobilier du Louvre, Dijon, 1993, vol I, n° 22, p. 88-89).
Le fait que ces deux gaines portent le chiffre romain I pour l'une et IIII pour la seconde implique que ces gaines ont été exécutées pour une galerie ou un cabinet ornés au minimum de quatre gaines.

Une aquarelle représentant une gaine du même modèle est conservée au Palazzo Rosso de Gênes. Cette aquarelle fut probablement exécutée en 1770 afin de proposer aux acheteurs étrangers les chefs-d'oeuvre de la collection Lalive de Jully (rep. dans Peter Führing "Design for and after Boulle furniture", Burlington magazine, juin 1992, p. 355).

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